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CFCMDepuis le début du siècle dernier, les organisations les plus diverses ont prétendu représenter officiellement la Communauté Musulmane de France mais à ce jour aucune n’a été capable de répondre complètement à ses aspirations les plus simples. C’est d’abord la Mosquée de Paris, érigée à la fin des années 1920, rattachée au Ministère de l’Intérieur français puis à celui des Affaires Religieuses (Habous) algérien, qui a trôné sans partage sur une population musulmane indigène puis immigrée pendant une cinquantaine d’années. Sa représentativité communautaire n’a réellement été contestée qu’à partir des années 1980, sanctionnant un téléguidage de l’étranger, son indifférence voire son mépris pour les intérêts cultuels les plus élémentaires des Musulmans de l’Hexagone.[1] Le galvaudage du Halal,[2] plus précisément, a finalement eu raison de son monopole et de sa superbe.
Les Pouvoirs Publics français (socialistes à partir de 1981) ont décidé de marginaliser la nouvelle administration algérienne de la Mosquée de Paris par trop réfractaire à son « coaching ». Bien que réputés laïcs, d’abord en sous-main puis ouvertement, ils se sont « diplomatiquement » employés à favoriser l’émergence d’une représentation musulmane nationale. La principale qualité de l’initiative Fédération Nationale des Musulmans de France (1985), qui misait sur la disparité sans exclusive des associations et personnalités adhérentes afin d’être totalement imperméable aux influences extérieures, est vite devenue un défaut rédhibitoire dans la stratégie de chaperonnage du Gouvernement français. Après les affaires des foulards de Creil et Salman Rushdie (1988-89), il lui est devenu impérieux de torpiller les velléités de représentation, d’indépendance et de sédition de la FNMF.
Le Ministre de l’Intérieur Pierre Joxe a suscité un Conseil de Réflexion sur l’Islam en France (1990), première organisation musulmane rapportant directement au Bureau des Cultes du dit ministère. Les « domestiques » nominés du CORIF furent principalement des candidats à la légion d’honneur, indépendants ou débauchés d’organisations musulmanes y compris parmi les maillons faibles de la FNMF laquelle finit par imploser et se « maroquiniser » définitivement (1995). Un autre Ministre de l’Intérieur de gauche, Jean-Pierre Chevènement (1999), a esquissé les bases du futur Conseil Français du Culte Musulman en tentant même d’astreindre ses membres à ratifier une déclaration d’adhésion à la Constitution française et à la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Après quinze ans de « réflexions », le CFCM a finalement officiellement remplacé le défunt CORIF, sous les auspices d’un autre Ministre de l’Intérieur, de droite cette fois, Nicolas Sarkozy (2003). Le CFCM a malheureusement hérité de la tare de son piteux ancêtre : une inféodation aux Pouvoirs Publics qui nomme indirectement ses « chouchous » et ses « obligés » par le truchement d’élections inlassablement contestées.
Le CFCM, après dix ans d’existence, ne remplit toujours pas sa mission ou plutôt ne remplit aucune mission, ni pour ses commanditaires ni pour ses bénéficiaires. Dans ses rapports avec l’Autorité, il aurait plutôt tendance à confondre « conseiller » et « se faire conseiller », surtout concernant les questions qui fâchent (foulard à l’école ou dans les nurseries, voile intégral dans la rue, abattage rituel Halal, etc.). Quand bien même ils représentent parfois des groupes importants de Musulmans, la plupart de ses membres ne se sont avérés que des courtisans calculateurs, incapables de favoriser l’intérêt général sur leurs avantages tribaux ou personnels (mon bled, mon lobby (hizb), mon association, ma mosquée, ma légion d’honneur, ma carrière, mon ego, ma poche, etc).
Pour les Pouvoirs Publics, le CFCM n’est tout au plus qu’un simple porte-voix destiné à diffuser la bonne parole républicaine laïque au sein d’une communauté réputée rétive et à en canaliser les ardeurs. Pour les Musulmans, le CFCM idéal doit être un médiateur qualifié, une sorte de « syndicaliste » engagé qui répond à leurs préoccupations et défend bec et ongles toutes leurs revendications socialo-religieuses. Entre autres, il doit  négocier tous les accommodements raisonnables car ils ne sont pas si insurmontables que ça : Pour contrebalancer l’interdiction des foulards à l’école, il faut s’atteler à faciliter l’émergence d’établissements laïques soit exclusivement féminins soit islamiques d’enseignement général sous contrat d’association, reposant sur des engagements contractuels et un contrôle académique renforcé (puisqu’on doute de l’intégrité des matières enseignées). Dans les cantines scolaires, si disposer de menus Halal c’est trop demander, on requerra des œufs ou du poisson quotidiens. Comme dans les clubs de remise en forme strictement féminins, les piscines municipales pourront gentiment attribuer une petite demi journée par semaine exclusivement pour les femmes moyennant contrepartie financière, etc.
OUI, il faut repenser la représentation nationale des Musulmans en France. MAIS, le dialogue et la concertation doivent l’emporter sur les rancœurs et les boycotts, comme l’efficacité doit supplanter l’attentisme et la passivité. Si on veut que les motions du CFCM soient totalement partagées par la plupart des Musulmans « d’en-bas », il est indispensable que toutes les tendances, même insignifiantes ou radicales, soient représentées en son sein à voix égale (un homme = une voix) ; aucun gros « morceau » ne doit plus dicter despotiquement sa loi ou bloquer les processus engagés. D’expérience, seules les positions extrêmes font consensus, il faut donc les ambitionner en priorité, quand bien même on ne les atteindrait qu’à l’issue de négociations ardues et de démarches laborieuses. Les efforts nous incombent, quand bien même le résultat n’appartient en fin de comptes qu’à DIEU seul.

[1]  La défense des intérêts de l’Islam en France fut la préoccupation majeure de la première Fédération Nationale des Musulmans de France (FNMF – 1985-1995) qui réunissait près de 170 associations islamiques disparates et représentatives.
[2] Une soixantaine d’associations islamiques s’étaient spontanément fédérées pour fiabiliser le marché Halal (Tayibat – 1983-84).
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À propos de integritydyl

@DYLeclercq RÉPONDRE A L'ISLAMOCLASTIE PAR L'IRONIE IRRESPECTUEUSE

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