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islamfranceQuand ce ne sont pas les tags racistes qui viennent souiller les mosquées, les boucheries Halal ou les sépultures musulmanes, ce sont les têtes de porc et les courriers contenant du jambon qui notifient aux Musulmans qu’ils sont indésirables dans l’Hexagone. Les identitaires encouragent implicitement ces actions, en jouant aux « innocents les mains pleines », mais leur jubilation à peine contenue devrait s’estomper à la faveur des quelques lignes qui vont suivre. A l’heure où les agressions islamophobes se multiplient sous les formes les plus diverses, les victimes feraient bien, elles, de se demander quelle est leur véritable place dans un pays qui est de plus en plus hostile à leurs valeurs religieuses.[1] Mais de quoi s’agit-il donc quand on parle des « Musulmans » en France ?
Dans les années 1960 à 1980, le terme « Français musulman » désignait plus précisément les supplétifs de l’armée française, autrement nommés « Harkis », qui furent lamentablement rapatriés en métropole à la fin de la guerre d’indépendance algérienne sous peine d’extermination. La plupart d’entre eux n’avaient d’ailleurs de « musulman » que leur origine géographique car leur religiosité laissait totalement à désirer. Leur patriotisme benêt a d’ailleurs été fort mal récompensé puisque tous les gouvernements de la France les ont tour à tour abandonnés à leur misérable sort en les parquant pendant plus de quarante ans dans des cantonnements insalubres. Leurs efforts d’assimilation n’ont aucunement contribué à accélérer leur adoption par une communauté autochtone qui méprise systématiquement tout « étranger » même quand il cherche à la singer.
A partir de la même période, ce furent les « émigrés » du Maghreb, d’Afrique noire ou de Turquie, qu’on qualifia de « Musulmans ». Leurs familles restaient au pays et ils vivaient dans des logements de fortune ou des foyers de travailleurs (Sonacotra). Leur pratique religieuse était individuelle voire épisodique et la société appréciait autant leur force de travail (plus économique) que leur effacement. Le regroupement familial et les aides sociales aidant, certains d’entre eux, par le biais d’associations locales ou d’amicales « blédardes », avec l’aide d’étudiants parfois politisés ou de mouvements piétistes (Jamaat at-Tabligh),[2] se sont installés durablement en France. L’adoption de la nationalité française était alors bien souvent considérée comme un reniement, surtout par les Algériens qui venaient tout juste d’acquérir chèrement leur indépendance. Ce phénomène s’est dissipé avec les générations suivantes qui en ont bénéficié automatiquement à leur majorité. On remarquera par ailleurs que les rares responsables islamiques qui ont dédaigné « la nationalité » ne doivent leur permis de séjour qu’à une extrême réserve voire à une collaboration étroite avec certains services de renseignements. Les trublions sont avisés qu’ils sont assis sur un siège éjectable susceptible de se déclencher à la moindre contrariété gouvernementale, en fonction de l’actualité, des sondages ou d’un excès de démagogie.
Parmi ceux qui ont été intégrés à la citoyenneté française, souvent par convenance personnelle et afin de jouir d’avantages subséquents, rares sont ceux qui ont répudié totalement leur nationalité d’origine et ont cessé toute allégeance au pays d’origine. « Un pied dedans et un pied dehors », leur adhésion à la nouvelle patrie ne sera donc jamais exclusive mais s’avérera toujours additionnelle et partagée, et cela quels que soient les serments  exigés désormais des nouveaux candidats à la naturalisation. Il n’y aurait rien de rédhibitoire à la situation, tout au moins en temps de paix, si l’ingérence flagrante des autorités du bled n’interférait pas sans cesse dans les affaires islamiques par le biais des amicales, des espions et autres mouchards à la solde des consulats. Et ces interférences ne vont évidemment pas dans le bon sens, celui du respect des principes du Coran et de la Sunna (traditions prophétiques), puisqu’elles ne visent qu’à servir des « intérêts nationaux », à savoir la prévention et la désagrégation de toute contestation politique.
Et que dire des Musulmans patriotes, si ce n’est qu’ils se trouveront tôt ou tard en porte à faux. Leur patriotisme sera t’il toujours totalement conciliable avec leur foi ? Sont-ils disposés à négliger tous les enseignements islamiques incompatibles avec les lois de la République et à ignorer les bémols coraniques et prophétiques ? Sont-ils d’accord, pour prouver leur sujétion, qu’on interdise à leurs mères, leurs femmes, leurs sœurs ou leurs filles de revêtir leurs voiles (hijab ou niqab) ? Sont-ils prêts à défendre aveuglément la mère patrie, bec et ongles, et à combattre leurs frères en religion jusque par les armes pour démontrer leur fidélité au drapeau ? Autant de questions sur lesquelles ils feraient bien de s’interroger avant d’entonner la Marseillaise en compagnie des chauvins.
Quand on rencontre des compatriotes outre frontières, on se reconnaît des affinités culturelles indéniables, ne serais-ce que par la langue. On se fiche bien de ne pas partager les mêmes convictions politiques ou religieuses, on est simplement contents d’échanger avec eux, parce qu’on s’en sent plus proche qu’avec des « étrangers » aux us et coutumes différentes. Se sentir Français c’est ça, côtoyer des gens avec lesquels on a des similitudes culturelles et avec lesquels on peut échanger en tenant compte des différences de chacun, sans pour autant renier ses convictions.[3] C’est pourquoi on ne devrait pas parler d’Islam DE France, qui n’est qu’un stéréotype, mais d’un Islam EN France qui reflètera la criante disparité de la Communauté. Les différentes pratiques religieuses (légitimes), tant collectives qu’individuelles, sont autant de commémorations vivantes des actes de notre Saint Prophète (ص), et chacun s’inspirera du meilleur pour les partager avec son prochain, Français ou pas.

[2] Mouvement missionnaire littéraliste destiné à re-islamiser les Musulmans, fondé en Inde  par Muhammad Ilyas al-Kandhlawi dans les années 1920 et introduit en France à partir des années 1960 sous le nom de « Foi et pratique ».
[3] « Par la sagesse et la bonne exhortation, appelle au sentier de ton Seigneur. Et dispute avec eux avec ce qu’il y a de plus beau. Oui, c’est ton Seigneur qui sait le mieux lequel s’égare de Son sentier, et c’est LUI qui sait le mieux ceux qui bien se guident. » (Coran 16 :125)
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@DYLeclercq RÉPONDRE A L'ISLAMOCLASTIE PAR L'IRONIE IRRESPECTUEUSE

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