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pseudoAvec l’avènement d’Internet, des « mails » et autres « chats en ligne», l’usage des pseudonymes s’est répandu comme une traînée de poudre et il n’est pas rare qu’une même personne se dissimule sous les appellations les plus inattendues. Une seule certitude, c’est que ceux qui usent de ces surnoms, pour les raisons les plus diverses, légitimes ou pas, ne peuvent pas ou ne veulent pas assumer leurs propos. Pour certains, c’est un moyen idéal pour se défouler, pour dénigrer ou insulter, à l’instar de ceux qui disséminent des propos racistes dans les forums ou règlent leurs comptes sournoisement avec leurs « ennemis ». Pour d’autres, c’est une façon comme une autre de manifester leur humeur, surtout quand elle est singulière, sans avoir à s’en justifier auprès de qui que ce soit et sans risquer de réprobation. Pour les bons observateurs, certains pseudos ne sont d’ailleurs que des secrets de polichinelle qui ne laissent planer aucun doute dans leur esprit. Comme au cinéma, soyons donc bon public et focalisons- nous sur la qualité de l’interprétation en oubliant que les rôles sont tenus par des acteurs célèbres !
Quand un identitaire adopte pour surnom « Charles Martel », « Jeanne d’Arc » ou « Reconquista », ça n’augure rien de bon. Quand des Muzz se dissimulent sous les appellations « Abou Dessoufle », « sasuffit » ou usurpent le nom de leurs victimes pour les épingler, ça ne promet rien de bon non plus. Chez les Musulmans, ces travestissements s’expliquent le plus souvent par l’impossibilité de s’exprimer librement au sein d’une communauté qui, contrairement à la société environnante, ne tolère pas certaines outrances, comme la vulgarité, la grivoiserie, les invectives ou le copinage sexuel. Sur les sites islamiques la censure va bon train, et les « Webmasters » s’emploient activement et promptement à éliminer les expressions hors-gabarit qui leur sont signalées. S’ils veulent tromper leur vigilance et faire passer leurs appréciations à travers les mailles de la « toile » (Web), les trublions doivent donc faire preuve de plus en plus d’ingéniosité et de persévérance, en procédant par allusion ou en usant de métaphores.
Il y a cinquante ans, avant même l’existence d’Internet, le très sérieux Professeur Muhammad Hamidullah[1] (DIEU lui fasse miséricorde) recourait aussi à des pseudonymes, comme Nuruddin Abul-Muzaffar, Nurettin Gottlob, ou A.-N.-M. Siddiqi, pour exprimer ses positions les plus délicates. Apatride et réfugié politique en France, il était tenu à un devoir de réserve et ne pouvait exprimer publiquement des opinions trop engagées (comme sur la situation en Inde, au Pakistan et au Cachemire[2] ou sur le conflit israélo-palestinien[3]), sous peine de rappel à l’ordre préfectoral voire d’expulsion du territoire. Cette identité secrète lui permettait de dénoncer la fausseté du Christianisme,[4] alors qu’il participait à des cercles islamo-chrétiens, de blâmer la laïcité en Turquie,[5] alors qu’il enseignait dans les facultés d’Istanbul et d’Erzurum et de se livrer à des critiques débridées des livres d’auteurs contemporains, relatifs à l’Islam[6] ou au Saint Coran,[7] en les côtoyant comme si de rien n’était.
« Faute avouée est à moitié pardonnée », dit le proverbe. Pour ne rien vous cacher, moi aussi il m’arrive de temps en temps de me glisser dans la peau de personnages cocasses pour participer à des forums de discussions, commenter des articles ou diffuser par « mail » ce qui est sujet à controverse. Mes « rôles de composition » sont assez éclectiques : « Foulane » donne libre cours à ses diatribes contre les détracteurs de l’Islam ou fustige la vanité et l’égocentrisme des bouffons de sa propre communauté pendant qu’« Une telle » défend les droits de ses sœurs musulmanes contre le machisme et qu’« Untel » s’insurge contre les excès de féminisme. La délation n’étant pas dans mes principes, je laisserai l’identification de mes avatars à votre perspicacité. A vous de jouer !

[1] Eminent historien, chercheur et savant musulman (1909-2002), originaire du Hyderâbâd (Sultanat annexé par l’Inde en 1947). Dignitaire en exil, le Docteur Hamidullah résida cinquante ans en France, conservant volontairement son statut de réfugié politique. Auteur d’une considérable littérature islamique polyglotte, originale et influente, il en fut l’ardent praticien.
[2] « Le Kashmir musulman et ses souffrances » (Humanisme musulman n°9, Alger, 1965). « La vérité sur l’Inde et le Pakistan » ( France-islam n°53, Paris, 1971). « Le Pakistan, passé et présent » (Connaissance de l’Islam n°3, Paris, 1980)
[3] « Les Juifs furent-ils vraiment les habitants de la Palestine ? » (France-Islam, n°37, Paris, 1970)
[4] « Who is the paraclete » (Impact International Vol 3 n°15, London, 1974).
[5] « Islam in Turkey » (Impact International Vol 1 n°3, London, 1971), « Islam and Turkish secularism », (Impact International Vol 5/24, London, 1976).
[6] « Réponse à M. le Professeur Monteil (sur l’intérêt usuraire) » (France-Islam n°1, Paris, 1967), « Montgomery Watt, Islamic political thoughts » (France Islam n°41, Paris, 1970), « A dictionary and glossary of the Koran by John Penrice » (Impact International Vol 1 n°10, London, 1971).
[7] « Le Coran par Jean Grosjean » (France Islam n° 75, Paris, 1973).
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@DYLeclercq RÉPONDRE A L'ISLAMOCLASTIE PAR L'IRONIE IRRESPECTUEUSE

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