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cfcm outA part pour ceux qui en retirent un profit personnel, pour eux-mêmes ou pour leurs organisations, le moins qu’on puisse dire c’est que le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM),[1] à l’instar de son piteux ancêtre le Conseil de Réflexion sur l’Islam en France (CORIF),[2] n’est ni reconnu ni apprécié au sein de la Communauté Musulmane. Ces organismes creux, fabriqués et téléguidés par le Gouvernement français, ont démontré au fil de leur existence qu’ils étaient non seulement incapables d’accoucher du moindre projet islamique d’ambition, d’unir les diverses factions (al-ahzab – الأحزاب) qui les composent et de répondre aux attentes de ceux qui espéraient en de telles structures. Durant ces vingt dernières années, ils se sont limités aux déclarations mondaines, aux protestations œcuméniques de circonstances (relatives aussi bien aux Juifs, aux Chrétiens qu’aux Musulmans) et d’entériner sans conteste les ukases gouvernementaux prohibant toute manifestation de l’Islam dans l’espace public,[3] sans obtenir de véritables avancées pour leurs « administrés ».
Question « avancées » on devrait plutôt dire qu’en trente ans ça a plutôt reculé. Dans les années 80, Le Ministère de l’Intérieur avait fini par accorder des dérogations aux Musulmanes pour porter leur foulard sur les pièces d’identité et émettait même des circulaires pour rappeler cette disposition aux fonctionnaires préfectoraux récalcitrants.[4] Dans les années 80, les Pouvoirs Publics (Préfectures de Département) mettaient à la disposition des Musulmans des emplacements et des structures pour faciliter la réalisation des abattages rituels à l’occasion de l’Aïd-al-Adha. En 1982, le Ministère de l’Agriculture (Services Vétérinaires), Le Secrétariat d’Etat à la Consommation et l’Office National du Bétail et des Viandes (ONIBEV) participaient à des réunions organisées par une organisation musulmane (TAYIBAT) dans le but d’assainir le marché des viandes Halal et de réprimer les fraudes déjà généralisées. En novembre 1989, le Conseil d’Etat, saisi par le Ministre de l’Education, Lionel Jospin, acculé par la mobilisation des Musulmans, avait affirmé la compatibilité du voile islamique avec la laïcité au sein  des établissements scolaires publics.[5] Avec ces quelques évocations, on constatera avec nostalgie ô combien les préoccupations des « instances syndicales musulmanes » se sont embourgeoisées et qu’elles sont désormais bien éloignées des aspirations de ceux qu’elles présentent comme leurs adhérents.
Beaucoup pestent contre les prises de position contestables du CFCM, trop souvent d’ailleurs parce qu’ils n’ont pas réussi à se faire élire au sein de ses « hautes instances », mais peu cherchent véritablement à le déboulonner pour y substituer quelque chose de plus efficace. Ça et là, comme il y a trente ans quand il s’est agi de marginaliser la Mosquée de Paris qui se proclamait représentant exclusif de l’Islam en France, divers projets de mise en place de structures plus représentatives que le CFCM font timidement leur apparition.
S’ils veulent avoir la moindre chance d’aboutir, je ne peux que leur recommander au minimum :
  •  de concocter des projets concrets et non de viser uniquement à se substituer à l’existant

  •  de s’unir sans exclusive avec tous ceux qui ont une importance et une influence sur la Communauté Musulmane, à titre collectif ou individuel, quand bien même ceux-ci n’auraient pas leurs convictions

  • de s’engager à ne subir aucune influence extérieure de la part des Pouvoirs nationaux (Gouvernement, Partis politiques) ou étrangers (pays d’origine)

  • de viser l’idéal et non pas la modération dans les exigences (pour la défense du niqab et du Halal le plus strict, sans automatisation ni étourdissement)

  • de privilégier les décisions prises à l’unanimité et non simplement à la majorité

  • de ne pas ambitionner à tout prix d’occuper un poste ou de prendre les rennes de la structure sous peine de démission mais de favoriser les plus sincères et les plus qualifiés pour mener à bien

  • d’avoir des projets détaillés et chiffrés.


[1] Créé en 2003 par le Ministre de l’Intérieur et des Cultes Nicolas Sarkozy
[2] Créé en 1990 par le Ministre de l’Intérieur et des Cultes Pierre Joxe
[3] « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. »  (Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 – Article 18). « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. » (Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789 – Article 10).
[4] « La faculté accordée à certaines Françaises de confession islamique de produire des photographies où leurs têtes étaient couvertes d’un voile est conforme à la ligne suivie en matière d’établissement de document d’identité par le Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, qui a toujours accueilli les demandes analogues qui lui sont présentées dès lors qu’elles paraissent justifiées. Une telle attitude ne fait que traduire le souci d’introduire, chaque fois qu’il est possible, une certaine souplesse dans l’application des règlements, dès lors que leurs dispositions essentielles sont respectées. C’est ainsi que seules sont acceptées, dans le cas dont il s’agit, les photographies sur lesquelles le visage apparaît totalement découvert et parfaitement identifiable ». (Journal Officiel du 14/2/83 – art. 23969)
[5] « En novembre 1989, le Conseil d’État saisi par le ministre de l’éducation nationale, Lionel Jospin, affirme que le port du voile islamique, en tant qu’expression religieuse, dans un établissement scolaire public, est compatible avec la laïcité, et rappelle qu’un refus d’admission ou une exclusion dans le secondaire « ne serait justifié que par le risque d’une menace pour l’ordre dans l’établissement ou pour le fonctionnement normal du service de l’enseignement. » (Avis n° 346.893 [archive], Assemblée générale (section de l’intérieur), 27 novembre 1989)http://fr.wikipedia.org/wiki/Voile_islamique_dans_les_%C3%A9coles_en_France#La_jurisprudence_du_conseil_d.27.C3.89tat_.281989-2003.29
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