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flouzeRésidant en Thaïlande, j’ai récemment reçu deux membres de ma famille venant de France. Je les ai accompagnés pendant une quinzaine de jours, en dehors des sentiers battus par les voyages organisés, pour leur faire visiter les curiosités et goûter les spécialités culinaires régionales les plus Halal possibles. En échange d’Euros ils s’étaient procuré des Bahts thaïlandais pour régler eux-mêmes leurs achats personnels et leurs petits souvenirs. À la fin de leur séjour, comme il leur restait un peu plus de mille Bahts (environ 25 Euros), ils me les ont donnés pour en faire profiter autrui lorsque l’occasion se présenterait.
Une semaine plus tard, elle s’est effectivement présentée mais ne s’est pas concrétisée. C’était au non-profit d’un converti depuis un peu plus d’un an (ou reconverti pour les puristes) qui s’adonne aux préceptes de l’Islam sporadiquement voire essentiellement lorsqu’il côtoie des Musulmans pratiquants. Si je peux me permettre un mot d’esprit, plutôt que l’Islam il s’est contenté d’embrasser une musulmane. La petite anecdote qui suit, faisant état de son niveau d’intégrité personnelle et de confiance en DIEU, est digne d’enseignements et c’est pourquoi j’ai jugé utile d’en faire part. Les mauvaises langues avanceront que je m’y suis donné le beau rôle, mais tant pis.
Il y a quelques jours, cette personne que je ne nommerai pas a eu une panne de scooter en arrivant chez moi un peu avant 18 heures. Les ateliers de réparation étaient sur le point de fermer. Je lui ai prêté mon propre engin pour qu’il puisse rentrer chez lui à une trentaine de kilomètres et revenir le lendemain pour faire réparer. Le matin suivant, je l’ai accompagné chez le réparateur où nous avons discuté de choses et d’autres pendant les trois heures qu’ont duré les travaux de remise en état. Lui, sans emploi depuis que je le connais, me livrait ses rêves (fantasmagoriques) d’acquisition de grosses motos et bagnoles dont il me montrait au fur et à mesure les modèles sur Internet (« bof ! »), d’investissements dans l’immobilier ou dans des lingots d’or pour échapper à une éventuelle disette, etc., etc. Moi, un peu plus pragmatique, je tâchais de le ramener autant que possible aux réalités, en citant aussi bien du « Perrette et le pot au lait »,[1] que du Coran et des Traditions Prophétiques.
Nous étions en pleine discussion quand il aperçut soudain sur le sol une pièce de 2 Baths (= 5 centimes d’Euro) et la ramassa pour se l’approprier. Même si la modicité de la somme ne méritait pas qu’on s’y attarde plus que ça, j’en profitais pour lui enseigner la règle islamique relative aux objets trouvés : les laisser sur place pour que leur propriétaire les retrouve ou, si on les ramasse, faire la publicité sur sa trouvaille pendant un an avant de pouvoir en disposer. Il me rétorqua immédiatement que s’il s’abstenait un autre la prendrait à sa place, ce à quoi je lui répondis que le péché sera alors sur celui-là et non sur lui. Il persista dans son objection en déclarant que quand bien même il s’agirait d’un billet de 1000 Baths, il le considérerait comme un cadeau de DIEU. ( !!!)
J’ai alors surenchéri en tentant de le sensibiliser sur la perte que représenterait une telle somme si c’est un nécessiteux qui l’a perdue (un repas frugal coûte ici environ 40 Baths = 1 Euro) et en lui décrivant le comportement extraordinaire de mon Maître, le Professeur Hamidullah,[2] rien n’y fit. Ce dernier déchirait les timbres non oblitérés et les tickets de métro non compostés, considérant que la prestation avait été rendue, et racontait fièrement que son père avait toujours deux stylos, l’un fourni par son administration pour son travail et le second pour ses besoins privés. Notre ami trouva cette logique de scrupules très exagérée et même ridicule. Je le mis également en garde sur le déficit de confiance que pourrait provoquer son attitude chez les tiers (sous-entendu moi), à l’inverse de celle que suscitent ces gens qu’il considérait comme « trop » scrupuleux. Il n’en eût évidemment que faire.
Voilà comment, en voulant gagner deux Bahts, il en a finalement perdu neuf-cent-quatre-vingt-dix-huit. Alors que j’avais la ferme intention de lui offrir les fameux mille Bahts dont je parlais dans mon introduction, pour entre-autres régler les frais de réparation de son véhicule, il s’est entêté à vouloir argumenter pour me persuader… qu’il ne les méritait pas. La morale de l’histoire c’est que ce qui nous apparaît comme insignifiant peut avoir des conséquences désastreuses, totalement imprévisibles, et que discuter les enseignements de DIEU et de Son Prophète (ص) ne ramènent en définitive rien de bon. En espérant ne pas être passé avec cette historiette pour un affabulateur (conteur de fables) et un moraliste à deux Bahts, je souhaite néanmoins avoir fait œuvre utile en rappelant quelques banalités. « Et rappelle ; car, oui, le Rappel profite aux Croyants. ».[3]
[1] « Qui ne fait châteaux en Espagne ? (…) (…) Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ; Je suis gros Jean comme devant. » (Jean de La Fontaine).
[2] Éminent historien, chercheur et savant musulman (1909-2002), (رحمة الله علبه) originaire du Hyderabad (Sultanat annexé par l’Inde en 1947). Dignitaire en exil, le Docteur Hamidullah résida cinquante ans en France, conservant volontairement son statut de réfugié politique. Auteur d’une considérable littérature islamique polyglotte, originale et influente, il en fut l’ardent praticien au détriment de son confort personnel.
[3] Coran 51 :55.
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À propos de integritydyl

@DYLeclercq RÉPONDRE A L'ISLAMOCLASTIE PAR L'IRONIE IRRESPECTUEUSE

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