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cas-urgentContrairement à ce qu’a récemment indiqué le nouveau Premier Ministre – de l’Intérieur – dans son opération de communication visant à rassurer les Français, l’état d’urgence a « amplement démontré son inefficacité » et perdure donc sans être vraiment essentiel. En se félicitant des « 4.194 perquisitions, plus de 517 interpellations, 434 gardes à vue » qu’il a déclenchées, Bernard Cazeneuve évoque un taux de réussite de 12 % – et donc implicitement 88 % de bavures – sans compter ces abandons de poursuites judiciaires pour insuffisance ou défaut de motifs qu’il évite soigneusement de mentionner. Quant aux dizaines d’attentats que la bouche ministérielle aurait soi-disant déjoués depuis le début de l’année 2016, leur réalité reste à démontrer tant la marge entre les fantasmes, les desseins et les exécutions est vaste, hypothétique et discutable.
Pas de quoi pérorer donc, quand on constate que l’état d’urgence instauré depuis l’exécution sommaire des « Charlie » en janvier 2015 n’a pas dissuadé pour autant et ne dissuadera nullement les détraqués de remettre le couvert par les moyens les plus inattendus, pour commémorer à leur façon la fête nationale ou la saint glinglin. Et comme les résultats sont loin d’être convaincants, on en déduit que le régime d’exception dont le Pouvoir use et abuse a pour simple objectif d’intimider et de réprimer les oppositions idéologiques, sociales et politiques, et plus particulièrement les velléités communautaires islamiques honnies par les quatre cinquièmes de l’opinion publique…  et de la masse électorale.
Non seulement l’atmosphère de guerre qui légitime l’état d’urgence est soigneusement entretenue par les Autorités Françaises par de vraies guerres contre des caricatures djihadistes en Irak, en Syrie, en Afghanistan, en Libye, au Mali, au Sahel, mais elle l’est aussi par les déploiements de troupes qui quadrillent les lieux publics ou stratégiques de l’Hexagone. Et les médias relayent à plaisir cette occupation militaire ainsi que les fantasmes de tous ceux qui ne perçoivent dans les vagues migratoires de réfugiés et de djihadistes défaits (issus des lieux de guerres susmentionnés) qu’invasion territoriale, menace pour leur civilisation déclinante ainsi qu’une source intarissable d’attentats potentiels.
Et qui pour se soucier des dommages collatéraux de cet état d’urgence, hormis ceux qui sont directement affectés par ses emballements et sa brutalité ? L’alibi terroriste se révèle idéal pour fermer, sans autre forme de procès, ces Mosquées qui manifestent des convictions religieuses trop soutenues ou qui ont malencontreusement été fréquentées par l’homme qui a vu l’homme qui a vu le supposé djihadiste ou le présumé terroriste. Mais qui apaisera ces milliers de victimes innocentes des perquisitions administratives injustifiées opérées à leur domicile, qui ont vu leur vie basculer après des interpellations policières brutales, leur culpabilité ayant été décrétée au faciès ou suite à délation avant que n’aie débuté la moindre procédure à leur encontre ? Et qui les disculpera auprès de leurs proches, de leurs voisins, de leurs collègues de travail, de leurs relations, et les réhabilitera après une garde à vue voire une assignation à résidence arbitraires, fussent-elles en vertu du principe de précaution ?
En lieu et place d’être « accroc » à l’état d’urgence – qui coûte un prix fou et épuise les forces de l’ordre, ceci dit en passant – le Régime devrait se contenter de l’arsenal de lois d’exception déjà existantes que les juristes jugent amplement suffisant, en particulier la Loi dite Perben,[1] réprimant la criminalité organisée et le terrorisme. Au lieu de faire de la figuration et de l’esbroufe pour camoufler ses incapacités, le Pouvoir ferait mieux de restaurer une police de proximité dans les quartiers et de perfectionner ses services de renseignements défaillants. Il serait ainsi plus à même de recueillir et d’exploiter des informations essentielles pour empêcher les déséquilibrés d’opérer et pour limiter les bavures. Du fait de leur cursus judiciaire voire pénitentiaire, les criminels en devenir semblent pourtant être aisément repérables et contrôlables, mais leur surveillance doit sans doute s’affirmer plus ardue et risquée que celle des fidèles désarmés des lieux de culte musulmans.
[1] Dominique Perben, garde des Sceaux, et Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, sont nominés pour le projet de loi sur la « criminalité organisée », dit Perben II (LOI n° 2004-204 du 9 mars 2004 portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité), qui porte gravement atteinte à l’indépendance de la justice et introduit de nombreuses mesures remettant en cause les libertés et les droits fondamentaux. (Prix Orwell 2003 du Big Brother Awards France).
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@DYLeclercq RÉPONDRE A L'ISLAMOCLASTIE PAR L'IRONIE IRRESPECTUEUSE

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